Immobilier en Bretagne : un marché en recomposition entre attractivité retrouvée et tensions locales
- Roland Chevallier

- 14 janv.
- 6 min de lecture
Après plusieurs années marquées par un ralentissement des transactions et une correction progressive des prix, le marché immobilier breton semble entrer dans une nouvelle phase en 2026. Sans retrouver l’euphorie post-Covid, la région bénéficie d’un regain d’intérêt porté par son attractivité résidentielle, la qualité de vie qu’elle offre et une demande qui se réorganise. Cette dynamique reste toutefois contrastée selon les territoires, et soulève des enjeux majeurs, notamment autour de l’accès au logement et de la place des résidences secondaires.
Une reprise mesurée mais réelle de l’activité immobilière
Dans de nombreuses villes bretonnes, les signaux du marché sont plus encourageants qu’au cours des deux années précédentes. Après une période de baisse ou de stagnation, les prix se stabilisent, voire progressent légèrement dans certains secteurs. Les délais de vente se raccourcissent, et les acheteurs, longtemps freinés par la hausse des taux d’intérêt, reviennent progressivement sur le marché avec des projets plus mûris et des critères plus précis.

Rennes conserve son statut de locomotive régionale. La capitale bretonne reste attractive grâce à son dynamisme économique, son bassin universitaire et ses infrastructures de transport. Toutefois, la hausse continue des prix intra-muros pousse de nombreux ménages à se tourner vers la première et la deuxième couronne, où l’immobilier demeure plus accessible tout en offrant une bonne qualité de vie.
Dans des villes comme Brest, Quimper ou Lorient, le marché apparaît plus équilibré. Les prix y sont plus modérés, attirant à la fois des primo-accédants et des acquéreurs venus d’autres régions, séduits par le littoral ou par un cadre de vie moins dense que dans les grandes métropoles françaises.
Le poids croissant des résidences secondaires sur le littoral
L’un des enjeux majeurs de l’immobilier breton reste la forte proportion de résidences secondaires, particulièrement dans les zones côtières. Dans certaines communes du Morbihan, des Côtes-d’Armor ou du Finistère, une part significative du parc immobilier est occupée seulement quelques semaines par an. Cette situation contribue à raréfier l’offre de logements disponibles pour les habitants permanents et exerce une pression à la hausse sur les prix.
Face à cette réalité, plusieurs collectivités locales cherchent à agir. Certaines communes expérimentent des dispositifs visant à favoriser l’accession à la résidence principale, comme la réservation de terrains à prix maîtrisés pour les habitants ou les actifs locaux, ou encore des règles d’urbanisme plus strictes concernant la transformation de logements en meublés touristiques.
Ces initiatives traduisent une volonté politique de préserver l’équilibre social et démographique des territoires, tout en continuant à accueillir des nouveaux arrivants. Un exercice délicat dans une région où l’économie touristique joue un rôle central.
Des disparités territoriales de plus en plus marquées
La Bretagne n’échappe pas à une fragmentation de son marché immobilier. Les écarts de prix et de demande entre les zones urbaines, littorales et rurales se creusent. Alors que certaines communes côtières affichent des prix au mètre carré comparables à ceux de grandes villes françaises, d’autres secteurs de l’intérieur des terres restent très accessibles.
Ces zones rurales ou semi-rurales attirent désormais des profils variés : jeunes ménages, télétravailleurs, familles en quête d’espace ou encore seniors souhaitant anticiper leur retraite. La généralisation du télétravail, même partielle, continue de modifier les logiques d’implantation résidentielle et redonne de l’attractivité à des territoires longtemps délaissés.
La transition énergétique, nouveau critère décisif

Comme ailleurs en France, la performance énergétique des logements est devenue un facteur clé des décisions d’achat en Bretagne. Les biens mal classés au DPE subissent des décotes importantes, en particulier lorsqu’ils nécessitent des travaux de rénovation lourds. À l’inverse, les logements rénovés ou performants se vendent plus rapidement et à de meilleures conditions.
Dans une région où le bâti ancien est très présent, cette évolution pousse de nombreux propriétaires à engager des travaux, parfois avec l’aide de dispositifs publics. Pour les acquéreurs, la question énergétique n’est plus seulement environnementale : elle est désormais économique et patrimoniale.
Un marché breton à surveiller de près
En 2026, l’immobilier breton apparaît donc comme un marché en recomposition, à la fois attractif et sous tension. Entre reprise progressive de l’activité, pression des résidences secondaires, exigences énergétiques et fortes disparités locales, les équilibres restent fragiles.
Pour les acheteurs comme pour les vendeurs, une bonne connaissance des spécificités locales et un accompagnement professionnel deviennent essentiels. Plus que jamais, la Bretagne illustre la complexité d’un marché immobilier régional, influencé par des facteurs économiques, sociaux et environnementaux qui dépassent largement la simple question du prix au mètre carré.
Focus sur le marché du Finistère : un marché immobilier contrasté, entre attractivité littorale et équilibre urbain

À l’échelle bretonne, le Finistère occupe une place singulière sur le plan immobilier. Département de contrastes, il conjugue une forte attractivité littorale, des pôles urbains structurants et de vastes territoires plus ruraux où les prix restent accessibles. En 2026, le marché finistérien apparaît globalement stabilisé, après plusieurs années de fortes tensions, mais il demeure marqué par des dynamiques très différenciées selon les secteurs.
Dans l’ensemble, les prix se maintiennent à des niveaux raisonnables comparés à d’autres départements côtiers français. Cette relative modération continue d’attirer des acquéreurs aux profils variés : primo-accédants locaux, ménages en quête d’une meilleure qualité de vie, mais aussi acheteurs extérieurs séduits par le cadre naturel et maritime du département. Toutefois, derrière cette apparente stabilité se cache une réalité beaucoup plus nuancée.
Brest, moteur urbain et baromètre du marché départemental

Brest joue un rôle central dans l’équilibre immobilier du Finistère. Ville portuaire, universitaire et économique, elle concentre une large part de la demande, notamment pour les appartements. Après une phase de correction des prix, le marché brestois montre des signes de reprise mesurée. Les transactions repartent progressivement, portées par une demande locative soutenue et par des acquéreurs qui retrouvent une capacité d’achat plus lisible.
La ville conserve un avantage compétitif majeur : des prix encore accessibles pour une métropole régionale. Cette caractéristique attire aussi bien des investisseurs que des ménages souhaitant s’installer durablement, tout en bénéficiant de services, d’infrastructures et d’un bassin d’emploi dynamique. Brest demeure ainsi un véritable thermomètre du marché finistérien, dont les évolutions influencent largement le reste du département.
Le littoral finistérien, toujours sous tension
À l’opposé, le littoral reste le segment le plus tendu du marché. Des communes comme Concarneau, Douarnenez, Fouesnant ou encore certaines zones de la presqu’île de Crozon continuent de bénéficier d’une forte demande, en particulier pour les maisons et les biens bien situés à proximité de la mer. La rareté du foncier, combinée à l’attrait touristique et à la présence importante de résidences secondaires, maintient une pression élevée sur les prix.
Cependant, après plusieurs années de hausses rapides, certains marchés littoraux montrent des signes de rééquilibrage. Les acquéreurs se montrent plus sélectifs, notamment sur la qualité du bien, sa performance énergétique et son potentiel d’usage à l’année. Les biens surévalués ou nécessitant d’importants travaux peuvent désormais subir des ajustements de prix, signe d’un marché plus rationnel.
Des territoires intérieurs plus accessibles et en regain d’intérêt
L’intérieur du Finistère, longtemps moins recherché, connaît un regain d’attention. Dans les communes rurales ou périurbaines, les prix restent attractifs et offrent des opportunités intéressantes pour les ménages à la recherche d’espace et de maisons individuelles. Le développement du télétravail et l’amélioration des infrastructures de transport renforcent cette tendance, en réduisant la dépendance à la proximité immédiate des grands centres urbains.
Ces territoires bénéficient d’une demande plus stable, moins spéculative, et souvent portée par des projets de vie à long terme. Ils constituent aujourd’hui un contrepoids essentiel à la tension observée sur le littoral, contribuant à l’équilibre global du marché départemental.
Un marché finistérien en phase de maturité
En 2026, le marché immobilier du Finistère semble entrer dans une phase de maturité. Les excès observés dans certaines zones après la crise sanitaire se corrigent progressivement, tandis que les fondamentaux restent solides. L’attractivité du département demeure intacte, mais les arbitrages des acheteurs deviennent plus rationnels, intégrant désormais pleinement les questions de prix, de localisation et de performance énergétique.
Pour les acteurs du marché (vendeurs, acheteurs, investisseurs) le Finistère impose plus que jamais une lecture fine des réalités locales. Entre nord et sud, villes dynamiques, littoral sous tension et territoires intérieurs en renouveau, le département illustre parfaitement la complexité et la diversité du marché immobilier breton.





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